Pour leur deuxième livraison, les Américains de Fun. frappent un grand coup avec leur pop flamboyante et grandiloquente, véritable patchwork d'influences au-dessus desquelles plane inévitablement le fantôme d'un Queen revisité.
A écouter n'importe quand. Tout le temps. Partout
C'est quoi ce groupe ?
Sorte de supergroupe indé, Fun. s'articule autour du génial Nate Ruess, ex-frontman des excellents The Format, accompagné par le guitariste Jack Antonoff (ex-Steel Train) et le batteur/multi-instrumentiste Andrew Dost. Fondé en 2008, le combo sort à peine un an plus tard le très remarqué (et déjà très bon) Aim and Ignite. Mais c'est en 2011 que la carrière de Fun. décolle avec un single, 'We Are Young', qui fait le tour du monde via la série Glee et sa présence dans une publicité diffusée durant le 66e Superbowl. Le groupe lancé, ne restait plus qu'à confirmer avec ce très attendu et toujours risqué deuxième album.
C'est quoi cet album ?
Dès la première piste, impossible de se tromper : le groupe a été biberonné aux envolées lyriques de Freddy Mercury et aux arrangements grandioses de Queen. Some Nights (Intro) est une sorte de mini-'Bohemian Rhapsody', tout en théâtralité, à grand renfort de choeurs et de vocalises sortis tout droit d'un opéra démesuré, jusqu'à un « Some nights » final que l'on ne peut s'empêcher de chanter à pleins poumons. Ouf. Le décor est planté, et la barre mise très haute d'entrée. Pourtant – et c'est là toute la force de l'album – Fun. parvient à garder le cap, sans réellement faiblir tout au long des 45 minutes de la galette. Chaque ingrédient est savamment réutilisé, des choeurs omniprésents ('We Are Young', 'All Alright', faite pour être scandée dans un stade comble) à une utilisation massive de cordes ('Why Am I The One') ou de cuivres ('One Foot'), qui donne parfois l'impression d'assister au défilé d'une fanfare dans une rue bondée.
Mais ce qui fait de Fun. plus qu'une pâle imitation de Queen, c'est sa section rythmique d'une précision chirurgicale et métronomique. Une touche peu étonnante lorsque l'on découvre que l'album a été produit par Jeff Bhasker, l'homme qui se cache derrière le My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West ou encore le Man On The Moon de Kid Cudi. Le bonhomme vient du hip-hop, et ça s'entend. Les rythmes sont tour à tour militaires, tribaux ou frénétiques ('It Gets Better') ; la basse vrombissante quand la track s'y prête ou au contraire d'une discrétion mécanique. Tous ces éléments, Fun. les prend sans retenue et les assemble pour constituer une tessiture musicale souvent complexe et toujours brillante, comme sur 'All Alone', où les claviers s'entremêlent aux cuivres, les éclairs de guitare électrique aux éclats de voix.
Au-dessus de tout cela plane la voix grandiose de Nate Ruess, qui parvient à porter à elle seule tout un champ d'émotions contrastées grâce à des modulations précises et intelligentes. Parfois murmurée ('Carry On'), souvent scandée ('Some nights'), elle se fait protéiforme pour toujours viser juste. Au point d'avoir souvent recours au fameux vocoder (ou autotune) tellement décrié. Pourtant naturellement rebutante, la manoeuvre est ici gagnante, notamment sur la piste finale, 'Stars', dont la sublime construction s'achève sur un solo de voix que n'aurait pas renié – justement – Kanye West.
Pour un deuxième album, Fun. signe sans conteste un véritable coup de maître. Sa musique, grandiose, théâtrale et démesurée ravira les nostalgiques de Queen ; tout en y plaçant une touche de modernité et une rythmique diabolique qui séduira les autres. A moins d'être réfractaire à la pop flamboyante et aux envolées sublimes, jetez-vous les yeux fermés (et les oreilles grandes ouvertes) sur cet excellent Some Nights. Vous ne le regretterez pas.